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33e
Dimanche Ordinaire C
homélie de Mgr
Didier-Léon Marchand, évêque émérite de Valence
Koutaba, le 14
novembre 2004
Chers Frères et Sœurs, chers frères
moines, mes amis,
Nous avons encore le cœur tout plein
de la célébration d’hier. Tandis que nous vivions ce grand moment
d’action de grâce et de joie, je méditais avec vous et je faisais un
rêve…
Notre-Dame d’Aiguebelle, fondée en
1137, il y a 867 ans, planté avec d’autres monastères, a été et
reste comme une borne milliaire, un phare, une force tranquille
spirituelle, à travers échecs et réussites, combat et perfection.
Aiguebelle qui a dû fêter aussi un jour la pose de sa première
pierre… Notre-Dame de Koutaba, plantée, enracinée, fixée dans cette
terre Bamoun pour devenir pierre milliaire à son tour, relais et
phare.
Aujourd’hui s’ouvre un avenir,
une espérance indomptable. Et vous avez mission, chers Frères
moines, de maintenir cette espérance et de mettre sur rampe de
lancement ce monastère, œuvre de Dieu.
S’ouvre
un avenir avec Dieu dont
vous serez des témoins. Tout ce qui vous arrivera sera pour vous
l’occasion de rendre témoignage, vous, témoins de l’Absolu, l’Absolu
de Dieu. Favorisez le désir de Dieu, déjà bien présent en terre
d’Afrique.
S’ouvre
un avenir, avec vous,
chers Frères moines, « témoins silencieux de pauvreté, de pureté, de
renoncement » qui n’est une mutilation, mais un épanouissement.
Témoins silencieux « de transparence, d’abandon dans l’obéissance »
(Evangilii Nuntiandi 69).
S’ouvre
un avenir avec les grands
saints moines du désert : Paul, Antoine, Pacôme, et les autres,
Benoît, Bernard… Témoins d’authenticité. Vous êtes des témoins
authentiques appelés à la sainteté et conviés à vivre les
béatitudes.
S’ouvre
un avenir d’une « Bonne
Nouvelle, dans un continent saturé de mauvaises nouvelles » (Ecclesia
in Africa), comme les guerres fratricides, la famine, le sida,
la pauvreté matérielle.
S’ouvre un avenir
qu’on ne connaît pas, mais dont vous êtes sûrs qu’il sera l’œuvre de
Dieu.
Je laisse à votre méditation le soin
de prolonger cette ouverture sur l’avenir… Et mon rêve se
poursuivait, et ce matin en méditant sur l’Évangile, j’entends Jésus
me dire et vous dire ce qui est nécessaire pour que s’ouvre cet
avenir, pour que ce rêve devienne réalité. Jésus nous dit et vous
dit :
C’est
par votre persévérance que vous obtiendrez la vie et pas un cheveu
de votre tête ne sera perdu.
Quel souffle d’espérance et de paix pour nous tous. La plénitude de
vie de votre monastère est liée à votre persévérance.
Mais persévérer n’est pas un acte
d’héroïsme. Il s’agit de tenir bon, mais pas seul : avec Celui qui
vous a appelé et qui vous aime, qui est avec vous jusqu’à la fin des
temps. Avec vous personnellement et avec votre communauté de frères
qui s’aiment. Cette persévérance est la vertu des témoins fidèles et
authentiques. Elle est la vertu des martyrs, c’est-à-dire ceux qui
aiment jusqu’au bout, comme vos frères de Tibhirine. Elle est la foi
qui sait que l’Amour seul est digne de foi. Elle est don de Dieu.
Cette persévérance portera des
fruits insoupçonnables, y compris à travers les épreuves, liées à
votre vocation (la Croix précède la Résurrection), liées à votre
tempérament, liées à vos péchés. Cette persévérance est aussi de
savoir que « je suis fort quand je suis faible ».
Cette persévérance sera portée par
Jésus lui-même : « Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à
vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un
langage et une sagesse à laquelle personne ne pourra opposer ni
résistance, ni contradiction.
Jésus annonce aussi sa venue
glorieuse. Le Christ ne cesse d’advenir : par sa Parole, par la
rencontre du frère, par les sacrements, par l’oraison.
Être persévérant, c’est s’efforcer
de reconnaître les signes de cette venue ; c’est de savoir lire les
signes des temps (Jean XXIII), être attentif à ce que le Seigneur
nous dit.
Chers Frères et Sœurs, chers Frères
moines, mes amis, la pose de la première pierre et l’Évangile nous
instruisent : restez dans l’amour pour vivre de la foi, trouvons
notre joie dans notre fragilité. Amen !
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